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L'aventure du numérique [26-10-2025]
L'aventure du phénomène numérique est une longue histoire pour moi. Au plus loin que je me la rappelle, dès 1957, sans succès scolaire, mes parents m'avaient orientés sur une filaire professionnelle, celle de radio télégraphiste, qui était dédiée à la marine marchande. Déjà à cette époque je dévorai tous les articles techniques sur la radio/TV et son électronique associée celle que je pouvais trouver, plus particulièrement j'ai le souvenir de mes premiers grands moments d'observation du sujet numérique en regardant sur le Cours Pierre Puget de Marseille, proche du Palais de Justice, où il y avait des soupiraux qui ouvraient sur des salles au sou sol des grandes banques où trônaient imprimantes crachant des files de papier, d'un côté et d'autre des lecteurs de cartes perforées accompagnées de lecteurs de rubans tout ça dans un énorme cliquetis bruyant. Quelques officiants en blouse blanche passaient de temps à autre pour surveiller tous ces dociles robots, images de rêve pour moi !
Devant mes incessants insuccès scolaires, mais ayant gouté aux joies de l'aviation en aéroclub, j'avais fini par m'engager dans l'armée pour être aviateur sous l'uniforme. C'est ainsi que j'ai accentué mon intérêt pour l'électronique et les prémices du numérique. Par exemple l'existence du réseau américain S.A.G.E. destiné au guidage des avions de l'USAF me sidérait. Bien entendu la conquête de l'espace n'était pas en reste avec pour moi la fascinante aventure de l'avion fusée Northrop X-15 de l'USAF, et toute la suite que vous savez. Je me rendais compte que l'électronique, les ordinateurs, jouaient un rôle nouveau et majeur dans cette aventure étourdissante pour moi. J'étais encore aviateur quand j'ai commencé à prendre des cours et travaux pratiques par correspondance à titre privé en électronique industrielle, l'école EURELEC. C'était pour moi le seul moyen de rester au plus près cette aventure. Il faut vous dire que le sujet n'était pas très populaire à titre scolaire en France à cette époque ; il le restera d'ailleurs bien longtemps. En 1977 je décidais de mettre un terme à mon activité de pilote militaire sans même chercher une voie civile comme le faisaient beaucoup de mes camarades.
Un poste dans la fonction publique au CNRS en électronique de bas niveau c'était ouvert et j'avais présenté le concours et moyennant une substantielle perte de salaire je m'étais retrouvé radio électronicien mécanicien, un vague titre mais qui me permettait d'accéder aux énormes moyens et publications ne traitant que de la chose numérique. L'avantage du CNRS en France, c'est que si vous vouliez apprendre, vous pouviez satisfaire votre demande. Un autre détail qui va jouer dans la suite de mon activité vient de mes collègues électroniciens presque tous ingénieurs qui c'étaient formés à l'électronique analogique et beaucoup d'entres eux étaient devenus de véritable sorciers sur ce thème. Par chance le directeur de mon laboratoire avait des ambitions en numérique mais ne trouvait pas beaucoup d'échos aussi bien chez ses chercheurs que ses ingénieurs. C'est la raison pour laquelle il m'avait alloué un petit budget pour que je me forme à ce sujet. Pouvoir œuvrer dans ce domaine a été pour moi un moyen formidable pour me donner l'élan nécessaire à m'engager dans le numérique aussi bien l'électronique que sa programmation. D'ailleurs bien des électroniciens en poste disaient que pour manipuler des uns que des zéros il n'y avait aucun avenir dans ce domaine pour les électroniciens ! Je vous laisse apprécier maintenant ce qu'il en est. Dès le milieu des années quatre vingt, par la voie des concours de la fonction publique j'étais, à mon tour, devenu ingénieur en programmation et en électronique. Mais devant la même pénurie dans les universités la chasse aux spécialistes m'avait fait être recruté au titre d'enseignant extérieur comme chargé pour des cours et travaux pratiques dans une filière privée universitaire à la faculté St Jérôme de Marseille. Le cursus portait sur des Bac + 2 à Bac + 4, 12 garçons, 12 filles.
C'est là que j'ai vu s'éroder l'équilibre garons filles au profit des garçons, par exemple je me souviens d'une séquence où je surveillais mon examen écrit de fin d'année et à la toute fin il ne restait plus dans la salle qu'une étudiante terminant sa rédaction et comme à mon habitude je quittais ma place à mon bureau pour m'installer à la porte ostensiblement laissée ouverte ; Au moment où la jeune femme sortait à son tour je l'interpelait pour lui demander pourquoi à son avis il y avait si peu de fille (4 filles 20 garçons). Elle avait regardé avec dédain le groupe des garçons qui attendait dans la cours, "on n'a pas envie de devenir comme ça" ! C'est vrai qu'ils avaient l'air minables, hirsutes, mal habillés, avec leur sac en toile jeté sur leur épaules genre Al Pacino dans le film Serpico (1973) aussi les filles avaient déserté la filière informaticiens pur et dur contre des filières doctorantes pour voir du côté des gestions systèmes, ou l'enseignement. Même plus tard, une fois retraité du CNRS, je me suis rendu compte dans le début du nouveau siècle que le gap français était lourd en numérique et il faudrait du temps pour tisser une conscience numérique ouvrant à un avenir enfin visible.
Puis tout s'était emballé téléphone, Minitel, réseaux ADSL, WiFi, Bluetooth, smartphone, tablette, réseaux sociaux, et enfin les inévitable fake news
et maintenant associée au "Datacenter" l'IA dans toutes ses projections, troublante, menaçante. Elle s'exprime partout, elle rejoint le slogan des années quatre vint dix : "The code is law" ; dernièrement je lisais un article du Monde diplomatique rédigé par le journaliste Evgeny Morozov traduit en français par Niko Vieillecazes, avec pour le sou titre : Le numérique nous ramène-t-il au moyen âge ? C'était du genre controverses sur le techno féodalisme !
Allez vous voulez un avis, celui d'un octogénaire qui a trempé dans cette soupe numérique toute sa vie ? On est mal ; très mal…
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