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16 septembre 2018 7 16 /09 /septembre /2018 17:52

Je trace ma route littéraire

Bon, le surréalisme ne m'a pas laissé indifférent. D'ailleurs lorsque j'avais 14 ans (1956) j'ai lu en premier, le célébrissime roman  policier J'irai Cracher Sur Vos Tombes, de Boris Vian [alias Vernon Sullivan] édité en 1946, j'avais été secoué quelque peu pour mon âge, mais bon, il faut bien découvrir le racisme cru et glauque et sur ce sujet on est durement servi avec cette écriture. Pas de répits ; en suite j'ai lu un second ouvrage, ravageur celui là, mais heureusement par petits bouts, Les Chants De Maldoror, du Comte de Lautréamont, 1874 [réellement écrit par Louis Durcour] j'avais 17 ans (1959). Cet ouvrage composite a secoué presque tous ceux de  ma génération qui l'on lut et je convie tous les ceux qu'il a laissés indifférents à consulter un psy au plus vite. Par la suite je suis tombé à 18 ans (1960) sur un livre discrètement remisé dans la bibliothèque de ma grand-mère : Histoire d'O, de Dominique Aury, 1954 [alias Pauline Reage] celui- là je l'ai ressenti comme un roman à l'eau de rose à côté des deux précédents. Mais ces ouvrages  ont certainement participé à influencer ma vision des rapports humains. Cela fait qu'aujourd'hui, par exemple, cela m'amène à considérer  notre politicien Mélenchon comme étant un dangereux extrémiste de droite ! Rassurez vous, j’avais quand même lu à 13 ans 
(1955), dans  la collection Rouge & Or [n° 71], Princesses de l'Air de Paluel-Marmont illustré par Raoul Auger, c'est avec cette édition résumant la  vie aventureuse des pionnières de l'aviation naissante que s'était naît en moi la passion dévorante de l'aéronautique. À cette époque,  mon père, certes peu instruit, n'en restait pourtant pas moins conquis par le grand répertoire d'opéra, qu'il écoutait, si je peux dire  en boucle, sur ses disques de cire 78 tours minute. C'est là que j'ai entendu les grandes partitions comme Madame Buterfly, Traviata,  etc. Si fait que pendant que mes camarades de mon âge écoutaient Cora Vaucaire, j'écoutais 
Berlioz (Caranaval Romain) vous voyez le  genre ; j'avais à ce moment-là 17 ans. C'est dans ce cadre que l'arrivée dans mon univers culturel d'un Chuck Berry et son incontournable  Roll Over Beethoven (1956) qui avec ses nouvelles sonorités musicales, au phrasé syncopé, sont entrées dans mon esprit en 1958, le Rock and  roll s'imposait en moi comme chez presque tous les jeunes de mon âge. J'avais enfin rejoint le troupeau des "d'jeuns". Maintenant 60 ans  sont passés, à mon humble avis, vite, denses. Chuck Berry (Crazy 
legs) n'est plus, Caura Vaucaire pas plus, il ne m'en reste plus que  des souvenirs nostalgiques, pendant que je trace encore ma route de lecture en lecture certaines ennuyeuses, d'autres instructives et enfin quelques une de réellement dérangeantes.

Extraite d'un diaporama [Doc X]


© Aveni 2018

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27 août 2018 1 27 /08 /août /2018 16:06

La vieille station de radio télégraphie

Sur la crête de la petite colline, il y avait toujours eu cette vieille bastide très isolée, 
vestige d'une ancienne propriété agricole. Pendant la guerre, la Seconde Guerre mondiale, 
quelques maquisards du FTP avaient investi pour de courtes périodes ce lieu abandonné. On y 
avait dit-on entreposé des armes, et la maison avait même abrité par moment des stations 
radio télégraphiques. C'est juste à la fin de la guerre qu'une station de radio était restée 
là, active, mais très modeste. Elle servait de relai aux messages administratifs de la 
nouvelle République d'après-guerre.

La vieille bastide qui abritait la station de radio (Doc Wikipedia)

Des années plus tard, la station était toujours active, elle servait aussi bien pour 
l'administration civile qu'en secours pour les forces armées et même l'OTAN. On y avait 
fait placer l'électricité, groupe électrogène, téléphone, caisse à eau dans le grenier, 
une nouvelle grande antenne et il y avait en permanence deux opérateurs qui restaient 
là par roulement hebdomadaire. Les équipes successives avaient réorganisé un petit 
jardin potager que les uns et les autres faisaient fructifier en l'arrosant pourtant 
chichement l'été.

Nous étions en novembre et le mistral soufflait une bise glaciale sur la crête depuis trois 
jours. La bastide close tenait Lucien et Francis à l'abri des premiers frimas d'un hiver 
précoce. 

Les deux opérateurs étaient des vétérans des transmissions de la guerre. Lucien avait fait 
ses humanités de télégraphiste dans l'armée puis après la débâcle il avait rejoint un maquis 
FTP de la région où il continuait à servir son pays contre la barbarie nazie. Francis avait 
été radio à bord des bateaux, il s'était embarqué sur un petit caboteur qui joignait 
régulièrement Marseille à Tyre au Liban via une multitude d'escales tout au tour de la  
Méditerranée.

Une station radio des FFI avec ses opérateurs pendant la guerre (Doc Wikipedia)

Dès l'appel gaulliste du 18 juin 1940, il avait rejoint le Général pour servir dans l'Armée 
rescapée du désastre métropolitain. Il avait rejoint la France, parachuté en mission, pour 
participer à la construction de nouveaux réseaux de communication entre Londres, et les 
grandes unités de la résistance les FFI et FTP. Puis il avait été démobilisé à la libération 
et avait rejoint les PTT pour continuer sa carrière de télégraphiste.

Ce mois de novembre 1959 était comme d'habitude venteux et froid en haute Provence. Dans la petite cuisine, il y avait la pile en grès dont les eaux usées coulaient à l'extérieur dans la 
terre. Pour boire, un filtre goutte à  goutte remplissait un bocal de verre à la base duquel se 
trouvait le petit robinet verseur. Contre le mur en face il y avait la cuisinière. Antique  
cuisinière à charbon de laquelle sortait le tuyau à fumée qui rejoignait le canon de la vieille 
cheminée en toiture.

La vieille cuisinière à charbon dans la cuisine (Doc Wikipedia)

Au plafond, qui avait dû être blanc, pendait une lampe électrique avec une  ampoule de verre 
sale qui cachait presque le filament au long cheminement et  qui peinait à fournir une faible 
lumière. L'abat-jour de porcelaine aux bords ondulés concentrait le peu de lumière vers une 
table de bois robuste, entourée de quatre chaises mals assorties. Un buffet rafistolé contenait 
la vaisselle et faisait office de garde-manger.

Par une petite porte basse et étroite, on entrait dans une chambre à deux lits militaires, 
consciencieusement faits. Deux chaises mals empaillées servaient  aussi bien de valet de nuit 
que de table de nuit. Aux murs il y avait encore de vieilles cartes d'état-major collées bout 
à bout le tout était éclairé par un petit fenestron à petits carreaux de vitre derrière lequel 
pendait une ancienne moustiquaire déchirée. Un volet de bois plein fermait le tout.

De la cuisine partait un couloir sombre qui conduisait vers la lourde porte d'entrée si peu 
étanche et vers la station de radio. Sur un cadre accroché au mur, on reconnaissait le Maréchal 
Lyautey sur son cheval, l'air martial.

La station de radio était une grande pièce éclairée par deux fenêtres aussi petites que celle 
de la chambre, mais l'une avait un rideau manifestement propre. Sur une longue table se trouvaient les appareils de contrôle et de commande de la station plus le téléphone. Le fond de la pièce abritait les postes de radio et l'alimentation électrique, tandis qu'au plafond deux lampes éclairaient la pièce avec en plus du papier tue-mouches qui descendait en  spirale. Seul luxe 
de cette pièce, sous la table, une carpette usée couvrait le sol fait de grands malons beiges et 
de petits noirs.

Lucien préparait sa cession de fin d'après-midi, il devait recevoir le bulletin météorologique, le 
collationner, et le réémettre vers la station radio militaire du Mont Faron à Toulon. Pendant ce 
temps Francis commençait à préparer le repas du soir.

Après avoir secoué la grille du foyer de la cuisinière pour faire tomber les cendres dans le bac, 
il s'était aidé d'un tisonnier qui restait pendu sur la main courante et sur laquelle pendait aussi 
un vieux chiffon pas très net. Francis retira le cendrier de la cuisinière, il était fumant, il se 
précipita dehors à grands pas sans pouvoir éviter de faire tomber un peu de poussière chaude.

Une fois dehors Francis alla jeter les cendres dans un trou pratiqué à cet effet dans le jardin, 
cela servait, disaient certains,  à faire de l'engrais à la bonne saison tandis que d'autres parlaient d'écarter les escargots et limaces des pieds de salade. Il jeta un coup d'œil au potager endormi et nota que le mistral s'épuisait, il se dirigea vers la charbonnière située  dans un ancien abri à outils, rempli un seau d'anthracite avec une petite pelle, et s'en retourna à la bastide. Il observa au nord de gros nuages sombres descendant rapidement des montagnes.

Le Mistral se calmait, mais pas le froid d'octobre surtout après le coucher du soleil. La garrigue 
était grise, le ciel aussi. Francis claqua la porte et cria à Lucien que le temps se gâtait. Lucien 
bougonna tout en classant encore quelques papiers pour mettre de l'ordre sur leur  table de travail.

Francis s'aidant de son tisonnier avait ouvert les plaques concentriques qui fermaient le dessus du foyer, et versa une bonne pelletée de charbon en se dépêchant de refermer l'ouverture qui laissait passer une fumée  âcre qui montait au plafond. Il remplit une grande marmite d'eau à la  pile et la plaça sur les plaques circulaires qui fermaient le foyer dans un crépitement d'eau vaporisée.

Au mur de la station de radio, il y avait une pendule électrique dont le balancier plongeait à chaque oscillation au cœur d'un solénoïde de cuivre brillant. L'heure de sa vacation s'approchait, Lucien  alluma les lampes du plafond ainsi qu'une petite lampe de bureau dont l'abat-jour mobile était entouré de hublots de verre bleu. Il s'approcha  du mur et devant un panneau de marbre blanc qui portait un gros conjoncteur il lança le courant électrique dans l'installation de radio.

Au-dehors le Mistral du matin avait fait place à un vent orageux et pourtant froid. De gros nuages roulaient sur la crête de l'autre  colline, l'orage venait vers la station de radio sans aucun doute.

Après le coucher du soleil, la cuisine était devenue sombre et par la porte du foyer de la cuisinière restée ouverte on voyait le charbon se consumer dans une lueur orange avec quelques volutes bleutées, elles commençaient à se refléter au plafond en y dessinant des figures mouvantes. Francis continuait à préparer le repas du soir, il enfourna le tison entre les barreaux de la grille qui retenait le charbon ardent,  puis il se roula une cigarette. Une fois préparée il ressortit le tison rougi et s'en servit pour l'allumer, il avait un air très emprunté comme si cet acte mobilisait toute son attention. Il en profita pour ouvrir une  des rondelles qui fermait le dessus du foyer et jeta encore quelques morceaux d'anthracite pour augmenter la chaleur. Il ajusta la clé du volet d'accès à la cheminée pour attiser la flamme, et retourna à sa préparation culinaire.

Dans la salle de la station radio une odeur de verni chaud et de goudron s'était rependue, elles 
provenaient des transformateurs électriques. Une lueur violacée éclairait faiblement le mur, elle venait de deux grosses lampes à vapeur de mercure, les diodes. Lucien surveillait d'un air distrait la mise en marche de l'émetteur et des récepteurs radio. Il venait d'ajuster la tension de service à l'aide d'un gros rhéostat contrôlé par un voltmètre rond en laiton brillant lui aussi fixé au mur sur une plaque de marbre blanc non loin du conjoncteur manuel.

Les deux lampes à vapeur de mercure de la partie alimentation électrique (Doc Wikipedia)

Maintenant le vent d'orage se manifestait, il soufflait en rafales désordonnées, fortes, et le ciel 
devenait presque noir, seule une bande de ciel rougeoyante à l'horizon ouest tranchait par sa vive luminosité du soleil couchant sur le reste. Lucien s'était approché d'une fenêtre et en se penchant il observait les antennes. Si les pylônes ne bougeaient pas, les longs fils alourdis par de gros isolateurs de verre se balançaient. Pour le moment il ne pleuvait pas. Il se tourna pour vérifier l'heure et  il s'approcha des récepteurs. De façon à assurer à ces vénérables ancêtres un refroidissement plus vif, les capots avaient été enlevés, découvrant sous une couche de poussière les tubes électroniques, et les gros condensateurs chimiques, il émanait de ces ensembles une odeur de bakélite chaude typique que Lucien aimait sentir.

Capot enlevé on voyait les tubes électroniques et autres accessoires. (Doc Wikipedia)

Le nez sur la marmite qui commençait à ronronner sur la cuisinière,  Francis humait la soupe, il 
remua la tête de façon interrogative, puis il se décida à ajouter du sel d'un geste théâtral comme si un public l'observait. La voix de Lucien lui parvint "Francis as-tu ramassé le  linge ? Je crois qu'il va pleuvoir". Francis haussa rapidement ses yeux vers le plafond pour marquer son mécontentement,il allait devoir quitter du regard sa soupe à un moment crucial.

Lucien amusé regardait Francis courir derrière la bastide pour enlever rapidement le linge pendu sur un ancien fil d'antenne qui leur servait d'étendoir. Il quitta la fenêtre et il vint s'assoir à son 
poste de  commande des appareils. Il se coiffa d'un casque, ajusta la bonne place de son manipulateur de code Morse, et enfin sorti son registre de trafic. Les boutons de réglages des récepteurs étaient à portée de main, il s'accorda sur la fréquence radio de service et écouta pour se faire l'oreille. Il entendit distinctement les crachements des manifestations électriques de l'orage, s'il n'avait pas encore vu d'éclair il les  entendait déjà.

La classique clé pour le code Morse [dite pioche]. (Doc Wikipedia) 

Le gros de l'orage n'était pas encore là, il estima à un délai d'une heure avant d'être dans la 
tourmente. Lucien aurait le temps de recevoir le message de la météorologie, et quelques télégrammes de l'administration avant l'heure du repas, et ensuite il reviendrait le soir pour réémettre  les messages vers le mont Faron.

Un classique voltmètre à courant continu. (Doc Wikipedia)

Francis s'était replongé dans une profonde méditation devant sa marmite, en fait la chaleur brûlante du foyer lui réchauffait le ventre alors que son dos lui semblait encore plus froid. Pour équilibrer les échanges thermiques, il tournait sur lui même en tirant des bouffées sur sa cigarette.

Lucien à l'écoute avait reconnu le style d'un opérateurs télégraphiste sans doute des pays de l'est qui assurait presque en même temps que lui un service sur une fréquence très proche de la sienne. Dans les jours de  propagation faste, ils se gênaient même beaucoup. En général c'était Lucien qui bougeait sa fréquence de travail, car son collègue avait une station pilotée par cristal et le quartz ne pouvait pas permettre les évasions de  fréquence.

Francis était enfin complètement réchauffé, il poussa un peu sur le côté sa marmite pour ralentir la cuisson et par les plaques laissées libres il  en profita pour jeter son mégot presque consumé au foyer.

Les signaux de la station directrice du réseau arrivèrent entrecoupés par les crachements de la 
foudre proche désormais. L'opérateur était un collègue de Lucien et Francis ; ils trafiquaient 
tellement ensemble qu'il leur  semblait se parler comme au téléphone. Le message du bulletin
météorologique fut capté rapidement et Lucien le collationna en QRS. L'orage arrivait, violent, 
grondant. Les éclairs étaient maintenant bien visibles, ils se suivaient à un rythme tel que le ciel 
semblait éclairé comme l'était le coin de la station où se trouvait les diodes à vapeur de mercure.

Les coups de foudre déchiraient le ciel de haute Provence. (Doc Wikipedia)

Francis qui avait fini de dresser la table appela Lucien. "J'arrive, juste le temps de placer la 
station en sécurité". De fait des petits claquements secs commençaient à se faire entendre dans  les disjoncteurs, et même dans les éléments du récepteur. Il était temps  de mettre les entrées 
des antennes à la terre pour isoler la station. Puis enfin, lorsque tout fût en ordre Lucien coupa 
le courant électrique de la station.

Le premier violent coup de tonnerre se manifesta peu de temps après l'éclair et le claquement sec suivit de l'interminable roulement sonore que se renvoyaient les flancs des collines aux alentours. Il se prolongea interminablement et avant de s'évanouir, il fut remplacé  par le suivant, encore plus fort.

Une fois plongée dans le noir la station restait éclairée par la lueur interminable, et vacillante 
de la foudre. Lucien pressa le pas dans le  sombre couloir vers l'attirante cuisine à la chaleur 
accueillante et à l'odeur de soupe au lard, de pain et de fromage. Francis était déjà assis, il 
avait rempli son verre de vin rouge épais presque noir et il découpait après l'avoir signé la 
miche de pain. Un court moment Lucien regarda la scène avec un sentiment de sécurité, de plénitude que diffusait la cuisinière en même temps que la chaleur. Dehors l'orage violent frappait les vitres de grosses gouttes d'eau bruyantes, et le vent coulis sifflait sous la lourde porte d'entrée.

Un récepteur, TSF, de trafic radio de l'époque. (Doc d'un radio amateur F6BLK)

JC Aveni 2005 (TK5GH)

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22 août 2018 3 22 /08 /août /2018 16:20

Angoumé en feu

Toujours pressé par le programme du cursus sur Bell 47 G1, Maurice Vaucelle avait commandé un vol de nuit à caser dans notre calendrier de stage toujours juste sur le timing. Lui, accompagné de Claude Caye, moi, plus un autre collègue dont le nom m'échappe nous voilà décollés à la nuit tombée ; nous devions travailler sur le terrain de dégagement d'Angoumé à 20 minutes de Dax pendant que trois autres hélicoptères restaient à travailler sur le terrain de la base-école (ES-ALAT).

 

Le Bell 47 G tel que nous l'utilisions dans notre cursus ab initio à l'école d'aviation de Dax (Doc X)

Nous avions organisé nos tours de pistes qui préparaient au lâcher de nos élèves sous peu. À l'Ouest un ciel d'orage annonçait un mauvais moment à venir. Les tours de piste s'enchaînaient aux tours de pistes et l'orage se précipitait sur nous. Un œil sur le travail de nos élèves, un autre sur la tourmente orageuse qui arrivait, il nous en manquait un troisième pour surveiller Maurice, seul habilité à siffler la fin de partie. Maurice, jusqu'au-boutiste ajoutait tour de piste sur tour de piste. Déjà les rafales  de l'orage annonçaient sa puissante arrivée et Maurice nous faisait tourner encore et encore. Le ciel était maintenant en feu ; éclairs sur éclairs qui auraient du nous faciliter la vision nocturne si la pluie tombant en trombe n'en avait pas occulté le bénéfice. Enfin Maurice annonça le retour sur la base-école. Comme une volée de moineaux, on quitta le terrain d'Angoumé dans une pagaille à peine organisée. Le retour fut épique ; un retour que même 50 ans après on n'oublie pas trop.

 

Dans le Sud Ouest les orages nocturnes, aussi violents, n'étaient pas si rares (Doc X)

Nous ne risquions pas d'entendre le tonnerre, car le bruit de la pluie ou grêle violente sur la bulle du canope devait facilement le masquer. Violemment secoués, élèves crispés sur les commandes pour garder une ligne de vol, et nous, essayant de voir où se trouvaient nos prédécesseurs, l'atmosphère était devenue grave dans les appareils. Enfin la ville, enfin l'école, enfin la piste, enfin la tour de contrôle essayant, en vain, de nous diriger dans la situation très agitée, cela ne nous laissait que peu de choix d'évolution. Ayant terminé laborieusement le dernier virage, je faisais commencer l'approche par mon élève quand tout à coup, sous mes pieds, apparut un autre hélicoptère qui ne s'était pas signalé à la radio. Effaré par la manœuvre audacieuse, je ralentissais mon approche, mais pas trop en pensant qu'il y avait peut-être quelqu'un derrière moi. Je décidais de me poser plus loin et je reprenais les commandes à mon élève qui attendait ce moment avec impatience. Une fois au sol, la manœuvre de déplacement restait difficile dans les tourbillons de la tempête et une fois posé les mécaniciens de piste n'avaient pas demandé notre avis ils avaient baissé les roues et raidement poussé l'hélicoptère dans le hangar. Nous finissions de couper l'éclairage de navigation et, toujours assis à nos places, nous commencions à remplir les documents de vol et de mécanique. Dehors, grondait l'orage... ESALAT 1969


© Aveni 2018

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9 août 2018 4 09 /08 /août /2018 13:51

Tout va bien, dormons tranquille (8-8-18)

Le 7 août trois chasseurs qui intervenaient en vol au titre du "Quick Reaction Alerte" service QRA qu'offre l'OTAN en aide aux pays baltes ont connu un grave incident. Deux Mirages 2000 Français accompagnés d'un Eurofighter Typhoon Espagnol qui patrouillaient armés en 
opération de police au-dessus de l'Estonie, ont tiré par accident un missile air-air (AMRAAM) sans heureusement toucher personne, ni en l'air ni au sol. Le missile a été tiré accidentellement par le jet espagnol. Certes l'OTAN n'est pas avare de provocations dans ce coin de la Baltique ou le golfe de Finlande qui ne fait que 70 kilomètres de large et au milieu du quel passent les bateaux et avions russes qui font l'objet d'incessantes interceptions histoire d’entraîner les aviateurs de l'OTAN d'une part et nous rassurer sur notre volonté de casser du russe à la moindre entourloupe. Nous noterons que les accidents, comme ce dernier, est aussi à prendre en considération, ils peuvent aussi bien survenir de la part des Russes que de l'OTAN/Estonie. Nous voilà pas très rassurés ! Je conclus souvent ces sujets par le : 
"on est pas bien là ?"

Carte montrant les Etats baltes et leur proximité avec la Russie au golfe de Finland (Doc Diploweb.com)

ref : http://www.spacewar.com/reports/Spanish_jet_accidentally_fires_missile_above_Estonia_defence_ministry_999.html

© Aveni 2018

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9 août 2018 4 09 /08 /août /2018 13:36

En matière d'armement stratégique, on demande la famille MARV.

En fait, comprenons le principe MARV : c’est une des procédures techniques destinées à dissuader "déception" les ABM (Anti Balistique Missile) qui commencent à devenir performants.

Un bref rappel sur les ABM, qui sont une vieille lune sur lesquels on a fantasmé depuis des lustres, au point de légiférer (vainement) sur leurs utilisations, et qui au fil des années se sont affirmés comme une arme anti missiles. Certes desquels missiles parle-t-on ? On dira pour faire simple de tous ; c'est à dire du SRBM (missile de théâtre, champ de bataille) aux ICBM stratégiques. Évidemment les performances ne sont pas toutes au rendez-vous, mais elles progressent. Celles qui participent aux attaques de missiles de type MRBM, IRBM, ICBM, leur principe reste en gros le même. Compte tenu des vitesses de déplacement des charges utiles de ces missiles, un radar très performant doit les repérer, et suivant la phase de vol des 
missiles un ordinateur doit trouver une solution d'interception. Soit l'attaquant en est encore dans sa phase d'accélération (Boost phase) soit il est en vol balistique (middle phase) en général dans l'espace, soit enfin l'arme plonge sur sa cible en rentrant dans l'atmosphère (final phase). Les vitesses de l'attaquant sont conséquentes : Mach 10 en "boost phase", Mach 15 en"middle course" et Mach 20 en "final phase". L'ordinateur qui gère la manœuvre de l'ABM va en général faire de la prédiction linéaire. Sachant où est la charge utile, quelle est sa route, quelle est sa vitesse et son accélération il trouvera sa position très probable en jouant des règles de la balistique. Pour déjouer ce protocole, il ne reste plus à l'attaquant qu'à modifier un ou des paramètres servant à cette prédiction. Voilà où on en arrive au MARV qui lui, peut manœuvrer de façon inattendue pour empêcher cette prédiction de route. Au final l'ABM doté de ce système de conduite d'interception ne pourra pas viser un point où passera la charge utile (RV rentry vehicle).

Lorsque je discutais des projets MARV il y a qqs années en arrière, je faisais allusion aux MARV de (Manœuvrant Rentry Vehicle) ; ces nouvelles armes que développait l'URSS. Elles étaient au final susceptibles  de se substituer aux MIRV (Multiple Independent Vehicle) qui sont l'armement standard de nos missiles stratégiques. Mais ce que je voyais mal c'était à partir de quelle phase du vol balistique l'action MARV se jouait. On avait bien connu l'ancêtre du MARV avec le FOBS (Fractional Orbite Bomber System) lancé par le gigantesque ICBM russe R-36 ; abandonné par choix, d'une part (moins bonne précision) et d'autre part (pour son prix trop élevé face aux MIRV). On le voit soudainement réapparaître depuis une dizaine d'années sous le vocable du projet russe YU-71 (code OTAN) qui est testé à partir d'un ICBM UR-100  à Sary Sagan. Pour le moment cela semble être le système le plus abouti face à ses concurrents Chinois et un vague projet US qui n'a gardé qu'une veille technologique sur les moteurs aérobies hyper vitesse tels les X-51 et X-43. Je n'ai toujours pas de certitude sur la phase du vol pour la mise en oeuvre de ces MARV ; dans la "middle course" de l'ICBM ce qui veut dire que le système commence à manœuvrer dans l'espace à très très grande vitesse (Mach 20) ou dans sa "final course" (après la rentrée atmosphérique et plus bas), à vrai dire il est certain que les HGV (Hyper Glide Vehicle) volent de toute façon au final, moteur actif dans la  haute atmosphère dans une plage de vitesse qui va de Mach 4 à Mach 10 (aux effets d'annonce près). Pour le moment le WU-14 chinois (DF-ZF ou Dongfeng-ZF) en est au stade de fonctionnement forcément aérobie, très 
haute altitude et Mach 6. Il vient d'être crédité d'une portée de 600 km dans son dernier test en vol. Quant aux dernières déclarations du Président russe Poutine, elles laissent comprendre que pour les MARV ou les HGV (Hyper Glide Vehicle) la mise en service opérationnelle est actée. On tourne une page dans les vecteurs qui portent les armes de la dissuasion. Ajoutons à ce nouveau paradigme une précision de l'ordre de la dizaine de mètres et voilà le service des grosses unités navales comme les porte-avions remis en question.

On comprend bien la fonction linéaire dans cette phase finale d'approche, l'attaque est prévisible. Ici on voit une attaque de type MIRV de 8 RV sur Kwajalein (USA) [Doc DoD]

 

Ici on a une approche en phase finale d'un MARV (simulé ou pas), mais qui montre bien l'imprévisible route finale qu'un ABM classique ne peut pas résoudre. [Doc X]

© Aveni 2018

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8 août 2018 3 08 /08 /août /2018 19:09

Tout va bien, dormons tranquille

Le 7 août trois chasseurs qui intervenaient en vol au titre du "Quick Reaction Alerte" service qu'offre l'OTAN en aide aux pays baltes ont connu un grave incident. Deux Mirages 2000 Français accompagnés d'un Eurofighter Typhoon Espagnol qui patrouillaient armés en 
opération de police au-dessus de l'Estonie, ont tiré par accident un missile air-air (AMRAAM) sans heureusement toucher personne, ni en l'air ni au sol. Le missile a été tiré accidentellement par le jet espagnol. Certes l'OTAN n'est pas avare de provocations dans ce coin de la Baltique ou le golfe de Finlande qui ne fait que 70 kilomètres de large et au milieu du quel passent les bateaux et avions russes qui font l'objet d'incessantes interceptions histoire d’entraîner les aviateurs de l'OTAN d'une part et nous rassurer sur notre volonté de casser du russe à la moindre entourloupe. Nous noterons que l'accident, comme ce dernier, est aussi à prendre en considération, pouvant venir aussi bien de la part des Russes que de l'OTAN/Estonie. Nous voilà pas très rassurés ! Je conclus souvent ces sujets par le : "on est pas bien là ?"

ref : http://www.spacewar.com/reports/Spanish_jet_accidentally_fires_missile_above_Estonia_defence_ministry_999.html

 

 

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30 juillet 2018 1 30 /07 /juillet /2018 14:09

Tempête dans un verre d'eau (juillet 2018).

Nan, je ne fais pas allusion à cette lamentable affaire politico barbouzarde qui secoue le microcosme. Je fais allusion à la énième communication affirmant la présence d'eau sur la planète Mars. Voilà qu'une fois de plus une sonde orbitale martienne détecte une présence d'eau (communiqué ESA/NASA). Énième parce que depuis 1975 date des premières données reçues du sol martien (Viking-1 & 2) on ne cesse de nous "abreuver" de communiqués triomphants annonçant la découverte de la présence d'eau sur la planète rouge nonobstant les photos affligeantes montrant un colossal désert aride et sec comme une pierre ponce. En général ces communiqués destinés en fait à justifier des financements pour des missions suivantes alimentant un véritable fonds de commerce pour les agences spatiales et quelques laboratoires en mal de finances. Il y avait bien eu une alerte en 2007 lorsque le "lander" Phoenix du JPL/NASA avait découvert en grattant sur qqs centimètres de profondeur une flaque de glace qui s'était sublimée au contact direct de l'atmosphère. Communiqués là encore triomphants, mais démentis peu après nous rappelant qu'il n'y a pas que la glace d'eau qui peut réagir comme ça. Depuis, satellites en orbite, "lander" roulant de-ci de-là nous renvoient des panoramas toujours aussi dépourvus d'eau que cela en était affligeant de ce seul point de vue. Pour ma part, je suis un « hydromars-sceptique », mais admettant que si pas d'eau surface, rien n'interdit de croire en une présence d'eau dans les profondeurs de la planète, je pense qu'il ne se passerait rien avant une bonne centaine de mètres. Profondeur parfaitement arbitraire 
histoire de faire en sorte que si une mission humaine sur le sol martien était envisageable, il valait mieux que les cosmonautes comptent sur leur gourde d'eau amenée depuis la Terre. Voilà-t-il pas que la sonde de l'ESA équipée d'un radar qui va bien, permet encore un communiqué triomphant : on a détecté la présence d'un lac d'eau liquide sous le sol de la planète rouge. Bon, premier point qui m'interpelle cette nappe d'eau se trouverait à près de 1000 ou 1500 mètres de profondeur, cela conforterait mon point de vue ; mais comme d'habitude peu après cette annonce "estivale" un prudent rappel nous dit : oui en fait le radar a repéré une présence aqueuse, peut être une saumure, sous forme de boue dans laquelle il serait possible que de l'eau (H2O) soit présente. Cette prudence m'interpelle parce qu'elle 
survient dès la découverte de cette mesure. Cette fois-ci aussi on ne parle plus bêtement du voyage de l'homme sur Mars, mais de la conséquence de cette trace d'eau profonde, c'est-à-dire qu'à l'abri de la rigueur climatique qui règne en surface, là, on pourrait espérer voir se développer des traces de vie. Enfin, voilà pour moi une motivation et une explication possible c'est une nouvelle ambition ; prouver la présence de vie ailleurs que sur la Terre. Cette fois-ci, cela me va ; pas besoin d'envisager la présence humaine sur Mars, des robots de plus en plus intelligents feront l'affaire jusqu'à ce qu'un indice de vie, même primaire soit trouvé. Bien entendu, j'imagine que nos religieux feront un fort lobbying pour ne pas envisager une telle mission, cette opposition idéologique me va aussi. L'avantage de la présence d'eau sur Mars permettra de n'emporter avec nous, que le pastis, le reste de l'eau et des glaçons nous attendent depuis des millions d'années et quand il y en a beaucoup cela s'appelle des milliards...

Image du signal radar annonçant en profondeur une trace aqueuse (Doc ESA)

© Aveni 2018

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20 juillet 2018 5 20 /07 /juillet /2018 09:52

Pour ne pas avoir à choisir entre l'humain et le digital (19-07-18)

Sans vouloir plagier le titre d'une publicité que nous propose un organisme bancaire, on est en plein dans le sujet : conséquence du numérique sur le social. Depuis que le slogan tourne en boucle entre radio et TV, on ne doit pas oublier que le fait nouveau c'est : "code is law" et surtout que peut-on opposer à une décision venue d'une machine dans une activité technique contre l'avis contraire d'un humain ? Nous avons un problème que nous peinons à mettre clairement sur la place publique. D'abord est-ce si important de discuter publiquement d'un sujet qui n'intéresse que des amateurs éclairés en plus des quelques spécialistes ? Déjà nous avons du mal à nous faire une idée sur le bien-fondé entre le GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) et la commission européenne qui au passage infligent des sanctions économiques à ces entreprises qui ont pourtant tout inventé, développé dans le numérique pendant que l'Europe elle, se gargarisait de prétentions dans un domaine qu'elle a ignoré superbement jusque là ! Par ailleurs, rappelez-vous que selon mon point de vue, sur quatre emplois remplacés par une machine numérique dans une entreprise, on en perd trois pour un qui progresse en qualité. L'assistance à la décision trouve toujours un écho favorable chez les directions qui suivent les choix liés au numérique et commencent à renier le dialogue avec le 
personnel (syndicats, associations, et opinion publique). Les "startup" dont on nous rebat les oreilles en continu ne sont pas vertueuses face aux humains ; le pragmatisme économique n'a jamais fait bon ménage avec les syndicats, cela ne s'arrange pas avec le numérique.

Alors ; méditez.

Machine outil numérique typique, n'oubliez pas que son conducteur peut se trouver à des milliers de kilomètres de là ! (Doc HAA5)

 

© Aveni 2018

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16 juillet 2018 1 16 /07 /juillet /2018 13:45

MAD, nouvelle mouture.

Cela dure une heure (en français), mais cet intervenant dont j'ai déjà pu vérifier le sérieux nous fait un point sur les nouvelles armes de la MAD Mutual Assured Destruction. Il fait un rappel puis il interprète le dernier discours du Président Poutine et cherche à comprendre de quoi il parle dans les nouveaux drones, les nouveaux missiles de croisière, et les nouveaux ICBM de la Russie. Où on reparle de l'aide à la propulsion MHD (magnétohydrodynamique) qui participe à pousser à Mach 10 dans l'atmosphère les nouveaux engins hypersoniques HGV. Bonne lecture.

https://youtu.be/jE4SYgs3AKs?t=10


https://www.youtube.com/watch?v=jE4SYgs3AKs
 

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14 juillet 2018 6 14 /07 /juillet /2018 17:22

TRUMP gronde

Grosse fessée du Président Trump à l'Europe. Pan-pan cucul particulier à la Chancelière Allemande au sujet de ses largesses avec la Russie et particulièrement de son service de pipeline nord-baltique qui lui permet d'alimenter son pays sans avoir à chercher une quelconque solution de continuité pour son approvisionnement gaz/pétrole en cas de crise. Mais, France comprise, grosse claque à tous les Européens qui ont profité du bouclier militaire dissuasif américain pour contrer l'URSS et maintenant la Russie. Remarquez le Canada, les Britaniques sont eux aussi concernés par la grosse engueulade du président US. L'ONU tremble devant la très mauvaise humeur du gouvernement US qui se plaint de voir voter les pays souvent contre les Américains alors que la contribution financière à cet organisme est en grande partie assurée par les USA. Mauvaise atmosphère dans la diplomatie habituellement feutrée. L'OTAN est à l'amande, il lui faudrait doubler la participation financière européenne et l'Europe n'a pas trop envie d'investir dans le militaire, puisque finalement les USA le faisaient si bien !

Le Président Poutine nous a sortis, Mme Clinton du milieu des élites de Washington DC et le Président Trump nous range du côté des profiteurs sans morale. 

Moi, "je vous dis ça, je vous dis rien", ce n'est que de la basse politique. Alors pendant ce temps on s'occupe de nos retraites ?

http://www.spacewar.com/reports/Trump_slams_captive_Germany_at_NATO_summit_999.html

© Aveni 2018

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