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7 mars 2014 5 07 /03 /mars /2014 19:09

Maxime du moment :

On ne va pas tout de même confier l'administration du pays à des simples porteurs de mitaillettes, fussent-ils des héros.


En marge de Sevastopol


Les rapports de dissuasion stratégique militaire, issus de la guerre froide, sont toujours d'actualité. Ils font
toujours référence à la terrible MAD, de Mutual Assured Destruction. C'est encore ce qui marche le mieux aujourd'hui
entre Russie et Amérique. La Chine est une autre histoire sans objet ici (mais elle va le devenir).

 

http://astro-notes.org/memo/ukraine russophone.jpg

Ukraine russophone, celle qui n'est pas franchement pro-européenne (Doc X)

Pour pallier le risque d'accident, dès 1969 USA URSS ont entamé des pourparlers destinés à limiter le nombre d'armes
de dévastation : SALT, de Strategic Arm Limitation Talk. Ces discussions complexes, empreintes d'une forte idéologie
de part et d'autre, ont duré jusqu'en 1972. L'inspection des forces ne pouvant se faire qu'à l'aide de l'espionnage
et l'observation des forces adverses par satellites optiques ou radars, elle ne s'est pas révélée très satisfaisante.

Au moment où les USA admettent la parité en terme de dissuasion avec l'URSS en 1971, s'ouvre un dialogue appelé SALT.

Avec les progrès techniques identiques aux USA et en URSS, dès 1979 commence un nouveau round très complexe que l'on
connait sous le vocable SALT-II, si ces discutions n'aboutissent pas fin 1979 (à cause de l'invasion de l'Afghanistan
par l'URSS) il n'en demeure pas moins que la comptabilité fine des armements participant à la MAD se réalise et
officieusement elle est suivie par les USA et l'URSS. C'est à cette étape que sont comptabilisées et évaluées très
finement toutes les armes stratégiques (missiles, bateaux, avions). À ce stade on contrôle pour évaluer l'équilibre
des forces et cela commence à prendre forme.

Début 1982 un nouveau round encore plus délicat se met en place ; du nom de START, de Strategic Arm Reduction Treaty
il va durer près de 10 ans avec de très laborieuses discussions entre USA et URSS. Cette fois-ci il s'agit de réduction
d'armes existantes (armes nucléaires, missiles, bateaux, avions). Ce traité sera signé par le Président G.Bush et
M.Gorbatchev en 1992 et prendra effet en 1993 (sans Gorbatchev). Précisons ici que le mot équilibre est tout relatif
puisque l'on parlera d'accord asymétrique en faveur des USA (la raison exacte m'échappe aujourd'hui).

C'est à cette occasion que le nombre, la qualité, la position des armements est évaluée par, soit la présence
d'observateurs, soit par la surveillance à distance par des moyens technologiques.

Par exemple les bombardiers de type B1-A américains et TU-160  russes seront modifiés par accord en autorisant le
ravitaillement en vol du B1-A, mais en le ramenant sous la barre du mach-2 (B1-B) alors que les Russes choisiront de
garder leur BlackJack en mach-2 +, mais sans perche de ravitaillement. À l'issue des accords SART en 1993 près de 1/4
des armements seront détruits, neutralisés, ou transformés. Par exemple les missiles ICBM R-36 transformés en Dnepr
civil et Minutman transformés en Pegasus aéroporté civil, etc. Les armements non détruits, mais simplement neutralisés,
devront être contrôlés soit in situ, soit par satellites comme le sont les B-52 stockés de façon visible dans des déserts
aux USA et des sous-marins nucléaires russes stockés au fond de golfes profonds et sûrs. Dans le scénario destruction,
je repense à la destruction des SS-20 (euromissile Pionneer) dont par exemple 70 seront tirés simultanément vers des
cibles neutres sous le regard des inspecteurs (toujours un peu de défi et de gesticulations, mais légales).

Le déplacement de navires de guerre (de surface ou sous-marin) doit se faire sous contrôle et garder l'équilibre.
Une partie de la flotte de la mer Noire qui se déplace en Syrie (port de Tartous) trouve son pendant avec le
déménagement d'une partie de la flotte OTAN de Magdalena en Sardaigne vers je ne sais pas où.

Quid des ABM, ils ont fait l'objet d'une forte discorde entre les deux camps dès le début des tractations. Tant que
les ABM étaient basés sur l'utilisation des armes nucléaires, comme le Nike Zeus coté USA et V-1000 côté URSS, cela
passait. Dès l'interdiction des armes basées dans l'espace le différent sévère a alimenté les désaccords sans
remettre en question les acquis SALT/START. C'est la raison de la forte réaction russe face au déploiement des ABM
dans l'Est Europe (Pologne, Roumanie) en ce moment sous couvert de l'OTAN (SM3/AEGIS et Patriot PAC-3 + radar) en
réponse à une timide mise en place de la part de l'OTAN (USA) dans ces pays. La Russie a riposté avec la mise en place
de missiles de théâtre (champs de bataille) dit Iskander de 500 km de portée (semi-balistique, mobile, haute précision),
mais qui respecte le traité INF, de Intermediate Nuclear Forces, des missiles de portée intermédiaire, 500 à 5000 km.
Ces missiles seront peut-être déployé dans l'enclave russe de Kalliningrad en Pologne ! (Bonjour l'ambiance).

En fait ce qui pose problème avec ces ABM Américains ce n'est pas tant leur efficacité facilement déjouée par les
RV (rentry vehicle) manoeuvrants et leurés ou MIRVés russes, ce sont les radars associés à ces systèmes qui presque
installés à la frontière russe touchent à la MAD en son délai d'alerte très en faveur des USA.

Je n'ai pas fait allusion aux SORT qui complètent les accords START. Voir Wikipedia à cette URL :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Trait%C3%A9_de_r%C3%A9duction_des_armes_strat%C3%A9giques

Pour faire simple, chaque camp essai de gagner un peu sur l'autre soit pour garder "l'assymétrisme" (USA) soit pour
le rééquilibrer Russie. Pour faire court, si START (1-2-3) parlait d'une réduction globale des armes en service actif
de près de 1/3 (bateaux, avions, missiles, armes) SORT ajoute le volet des armes qui sont, soit en reconditionnement
dans les usines, soit stockées dans les arsenaux, soit même sur leurs vecteurs comme les sous marins stratégiques à
quai dans les ports, mais susceptible d'utilisation immédiate.

Finalement ces différents accords se sont montrés très efficaces. D'un point de vue large, certainement 1/3 des
armes stratégiques sont éliminées, diminuant considérablement le risque d'accident entre la Russie et les USA.
Comme vous le pensez, ces accords sont de la dentelle, et nécessitent une mise au point très délicate, fragile.

Aussi si l'accident est toujours à redouter, jusqu'ici les USA et la Russie ont réussi à passer outre les désaccords :
comme l'invasion par la Russie de l'Afghanistan et l'invasion de la Serbie par l'OTAN.

http://astro-notes.org/memo/cuba-crise missiles.jpg

Installations des missiles SRBM russes à Cuba (Doc Atlas Stratégique 1983)

Faites ce que je dis et pas ce que je fais. Dans la célèbre crise des missiles soviétiques déployés sur Cuba en 1961,
le problème s'était résolu avec grandes gesticulations américaines laissant croire que les Soviétiques impressionnés
par les USA avaient battu piteusement en retraite, oui, cela y ressemblait bien sauf que dans un passé plus lointain
les USA avaient déployé sur l'Europe en Écosse, en Italie, en Turquie, en Allemagne, des missiles capables de frapper
la Russie en toute relative discrétion. En réalité à la fin de l'incident cubain, les Russes ont retiré aux vues de
tous leur SRBM et en toute discrétion les USA ont retiré leurs missiles d'Europe. Tout cela en attendant la crise
suivante au début des années quatre-vingt avec la crise des IRBM russes (SS-20) déployés dans l'Oural ce qui avait
amené l'OTAN (USA) à déployer ses IRBM Pershing-2 en Allemagne de l'Ouest. Ce sont ces affaires dangereuses (risque
d'accident) qui avaient amené Russes et Américains à négocier plus activement les traités de contrôle et désarmement
vus plus haut.

Le mot accident revient souvent dans ce texte, il n'est pas qu'un risque, rappelons nous de deux affaires dramatiques.
En 1983 dans la zone sensible de Sakhaline, un avion de ligne Sud coréen effectuant le vol Anchorage Séoul avait été
abattu sans sommation par un Sukhoi au prétexte que l'avion sans raison connue fût entré dans l'espace aérien
soviétique. Le drame avait coûté la vie à 350 passagers. C'est de sa propre initiative que le Commandant de zone de
défense (un Général) sans en avoir informé (ou pu informer) le ministre de la Défense et avait de sa propre
initiative (en connaissance de cause) fait abattre l'avion sud-coréen. Le Président Reagan avait qualifié cet acte
de barbare, mais le plus grave (en plus du drame humain) avait été qu'un Général russe puisse prendre une telle
initiative, seul dans son coin.
Trois ans plus tard c'est au tour des USA de commettre une dramatique bavure ; alors que le cuirassé Vincennes et le
Montgomery étaient entrés, sans y être invités, dans les eaux nationales iraniennes, puis, abusés par une erreur du
système radar AEGIS ils avaient lancé une attaque par missiles SM qui avaient abattu un Airbus A-300 de l'Iran-Air
dans le détroit d'Ormuz, tuant 255 pèlerins se rendant à la Mecque. Ici c'est l'incompétence du Commandant du bateau
qui est la cause du drame. Le Président Reagan encore aux affaires à ce moment-là avait dit que finalement il n'était
entouré que de faucons !
Ce genre de bêtise et bien d'autres aussi graves avait poussé les Présidents US et soviétiques à s'entendre pour ne
pas en arriver à la solution MAD...

http://astro-notes.org/memo/russie & voisins.jpg

L'actuelle Russie et ses voisins qui souhaitent en découdre avec elle. (Doc X)

Ne cherchez pas une quelconque morale dans tout cela, ce n'est que simplement humain. L'OTAN n'aura effectivement
gagné la guerre contre l'insupportable Russie que lorsque ses troupes défileront victorieuses sur la Place Rouge.
Certes d'autres s'y sont cassés les dents avant, mais l'OTAN pourrait dire, nous sommes le camp des gentils, les
dieux sont bien évidemment avec nous, et n'oublions pas que Napoléon et Hitler n'avaient pas de transistors eux...

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Published by astro-notes
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