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16 septembre 2021 4 16 /09 /septembre /2021 12:47

Rayons X

 

L'ancêtre de nos générateurs de photons X. Le tube de Crookes. (Doc X)

1977, d'abord à côté de mon bureau il y avait une équipe de cristallographie qui travaillait avec des générateurs à rayons X. Leur matériel accumulé depuis de nombreuses années me fascinait et en même temps m'emplissait de crainte. 

 

Ancien générateur à rayon X avec son bloc alimentation électrique. Le tube n’était pas équipé de protection à cette époque. (Doc Courtlandt Canby 1970)



Ma crainte n'était pas si feinte que ça, puisque plusieurs des opérateurs c'étaient fait bruler par les rayons. Pour me protéger, j'avais collé contre la cloison mitoyenne des grandes armoires métalliques que j'avais remplies de livres et d'appareils de mesure pour me protéger d'hypothétiques rayonnements parasites, pourtant très improbables. Je me souviens avoir travaillé pour eux en concevant un compteur de radiation qui m'obligeait à me tenir à côté de leur dernier et plus moderne petit générateur RX. Je gardais un temps d'activité le plus réduit que possible près de lui, tout en m'assurant au préalable de la détection du rayon principal et des fuites à l'aide d'une raquette au phosphore qui laissait des traces lumineuses verdâtres sur sa surface à leur passage m'indiquant les zones à risque. Le temps a passé, l'équipe de cristallographe a migré vers une Université marseillaise qui l'a absorbée. Il n'était resté dans notre laboratoire qu'un petit groupe qui avait cessé ses travaux sur les cristaux et autres terres rares et qui s'était reconvertie sur la mécanique dure.

Le besoin était qu'il fallait de gros appareils, hors de prix, pour œuvrer dans ce domaine. L'idée était venue de louer du temps de scanner (pour les cranes) à rayons X la nuit à la clinique Clairval de Marseille, proche de nous. Donc la nuit l'équipe œuvrait et à potron-minet elle remettait en état l'appareil pour le livrer aux médecins pendant la journée. Les résultats, pour nous, étant devenus intéressants pour le laboratoire et la clinique devant se séparer de leur vieil appareil pour le remplacer par un plus moderne, on avait 
récupéré ce matériel pour le Franc symbolique sous condition de déménager nous même la machine. Un scanner de cette époque (année 80) était une grosse machine avec beaucoup de modules plus lourds les uns que les autres (4 salles d'atelier). Le remontage et la remise en service de ce scanner furent une aventure que mena un ingénieur d'étude du CNRS (Frédéric M) presque seul. Pourtant à un moment la 
question s'était posée de savoir comment entrer les données recueillies par la machine dans un ordinateur pour un traitement ultérieur ?  C'est moi qui héritais de ce problème. Lire les liasses de schémas des circuits électriques et électroniques m'avait passionné, retrouver le cheminement des données avec un analyseur logique et autres instruments était pour moi un défi. 

 

Images des signaux logiques tels que trouvés sur ce scanner. (Doc de l’auteur 1985)

Enfin, un beau jour après avoir ajouté de l'électronique à l'électronique et avoir programmé cet équipement, l'image d'une cible placée au cœur de la machine s’était affichée sur un écran de PC au grand plaisir de certains chercheurs qui voyaient comment utiliser ces données.

L'exploitation avait aussitôt commencé et je me suis éloigné de la machine vers d’autres occupations. Une fois pourtant ce collègue m'avait rappelé pour que je l'aide à ajuster le faisceau RX mobile sur une cible elle-même mobile ! Le problème c'est qu'il fallait passer du temps sur la machine en marche. En fonction du temps on se savait en danger. Je me souviens dans cet exemple, que pour intervenir il fallait que 
je m'approche de la cible à quelques centimètres du container dans lequel le tube crachait son faisceau dangereux, pour un long moment. 

C’était par ces deux orifices noirs que sortaient les redoutables rayons X (Doc de l’auteur 2021)


Pour se faire mon collègue avait trouvé un moyen de moins m'exposer en s'intercalant entre le tube et moi. Nous étions étroitement séré l'un à l'autre, c'est lui qui s'exposait le plus en faisant écran ; certes, dangereux, mais lui était surveillé par un service de sécurité médical qui contrôlait ses capteurs d’exposition qu'il portait sur lui en permanence. Moi, je n'étais pas censé exister à cet endroit tout 
simplement ! 

Voici le tube à rayons X qui fait l’objet de cette histoire. Il était l’archétype d’investigation des physiciens en mécanique. C’est un de mes souvenir du CNRS (photo Fabienne Aveni 2021)


Par la suite nous nous étions procuré par la même voie un autre scanner à rayons X, mais pour tout le corps humain.  C'était une très grosse machine bien plus moderne et de ce fait occupait moins de place dans les locaux et surtout elle disposait d'une sortie numérique sous forme de disque (si je me souviens bien). Alors que le tube sur lequel j'avais travaillé utilisait une alimentation électrique de 50000 volts, ce 
nouveau scanner avait besoin de 120000 volts et de ce fait devenait dangereux pour les opérateurs distraits ! Pour ma part j’avais migré vers les réseaux de communications numériques. Cela allait avoir une influence sociétale énorme pour nous tous.

© Aveni 2021


 

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