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12 juillet 2015 7 12 /07 /juillet /2015 16:03

Rendre à Marion ce qui appartient à la Marine


Bizerte, Karouba le 22 juin 1963 le porte avion Arromanches est en mer pour participer à l'évacuation de la base aéronavale française. Cette évacuation commandée par la République Française fait suite à de graves incidents entre la France et la Tunisie ; voir l'histoire à cette URL :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Bizerte#Histoire


Logo de la 12F


Le porte avion Arromanches en mer


Ce matin de juin, une patrouille de trois Corsair F4U-7 de la 12F est catapultée de l'Arromanches


Un Corsair de la 12 F va décoller de l'Arromanches

pour se diriger vers la base de Karouba à Bizerte. Le groupe est constitué d'un chef de patrouille, le Lieutenant de Vaisseau Montchenaud "Pacha" de la flottille, puis de l'Officier des équipages de 1ere Classe, Conq et l'Enseigne de Vaisseau, Marion.


L'Enseigne de Vaisseau Marion dans le cockpit du F4-U7 sur l'Arromanches

La patrouille est au grand large de la Sardaigne quand le Corsair FU4-7 367 de la 12F tombe en panne moteur. l'EV Marion, qui a été le premier pilote lâché sur Corsair à l'école de Port Lyautey, entreprend avec adresse les manœuvres d'amerrissage et se pose en mer. Marion évacue rapidement l'avion qui commence à couler, gonfle son gilet de sauvetage, pendant que l'avion fait naufrage et que le reste de la patrouille orbite au dessus de lui pour alerter les secours. Un hélicoptère de rescue H-34 HSS-1 de la 33F décolle du porte avion et se porte au secours du pilote.


Le Siko H-34 HSS-1 décolle du porte avion Arromanches



Le HSS-1 débarque l'EV Marion après son naufrage



L'EV Marion félicité par ses collègues sur le pont de l'Arromanche

Récupéré sain et sauf le pilote est ramené sur le pont du bateau où il reçoit un accueil chaleureux de la part de ses collègues pilotes et mécaniciens. Une fois passées les congratulations et comme dans toutes les Armes de notre Défense Nationale il est obligatoire de faire un compte rendu ou pour le moins de subir un "débriefing".
A l'instruction de l'accident qqs points restent obscurs. l'avion transportait la caisse noire de la flottille, celle qui permet d'assurer les cadeaux de Noël, les repas de fêtes, et célébrer dignement les arrivées et départs des membres de la flottille (escadrille). Bien entendu cette caisse n'a pas d'existence officielle, aussi on en parle pas, mais si l'on admet sans retenue la perte de sa valise PN où se trouvaient les effets du pilote (tenue de sortie, insignes, brevet de pilote de la Royale, etc.) il manque sur lui le célèbre chronomètre Bréguet que tous les pilotes militaires français on eu en dotation avec le roll-note, casque et équipement de communication, lunette de soleil etc.


Le chronomètre Bréguet en dotation dans l'aéronautique militaire française.

Interrogé à ce sujet Marion explique que tombé en panne, son chronomètre ne servait à rien et il l'avait rangé dans sa valise, et plouf la valise était désormais dans l'avion, au fond de la mer.
L'histoire semble suspecte au fourrier le fameux "garde mites", qui fera lui aussi un rapport qui aboutira à faire payer (fort cher) le dit chronomètre dont on pense que le pilote l'a gardé en sa possession.

L'enseigne de vaisseau Marion continuera sa carrière, d'ORSA, dans la Royale, Il volera à partir du Foch, du Clémenceau et je crois me souvenir qu'il aura même volé sur le "crouze" F8 Crusader et fini sa carrière sur la base de Cuers qui assurait la maintenance des aéronefs de la Marine Nationale Française à cette époque (?).


Catapultage d'un Crusader F8 (le crouze) sur le Clémenceau


Est-ce la fin de cette histoire ; Oh, non.

Suite de cette histoire

En février 1985 dans le chalut d'un bateau italien le Corsair réapparait. Par la suite des plongeurs sardes membres d'une équipe qui fait dans la récupération d'épaves de la seconde guerre mondiale plongent sur l'avion et récupèrent quelques objets dont une valise PN, des boîtes, etc. La valise ouverte donne rapidement le nom de son propriétaire : Jean-Claude Marion pilote de chasse de la Marine Française.

Quelques plongeurs retrouvent l'adresse du pilote et vont frapper à sa porte. Jean-Claude leur ouvre et, avec stupéfaction, voit exhiber la valise qu'il n'a pas de mal à reconnaitre. Sa valise !
Ouverte, il retrouve ses papiers, ses habits, qqs affaires difficilement identifiables après vingt deux ans d'immersion et, et, et le chronomètre.

Le 4 octobre 1985 à l'occasion d'une cérémonie du souvenir de la Royale, l'Amiral Doniol remet officiellement à Monsieur Jean-Claude Marion le chronomètre Bréguet (toujours en panne) acquittant du doute notre excellent collègue.


Remise du chronomètre à Monsieur Marion par l'autorité maritime militaire

Anecdotiquement, dans les boîtes remontées par les chercheurs plongeurs italiens, il y avait la caisse noire remplie de ce qu'il restait d'une monnaie de
vieux francs qui n'avait plus cours. L'histoire ne dit pas si la Marine Nationale a remboursé le chrono.


Épilogue.

En 1991, j'avais rédigé un article dans une revue radio amateur décrivant le protocole pour contacter la station orbitale russe Mir. Qu'elle ne fut pas ma surprise de me voir appelé par un radio amateur qui me disait avoir réalisé sur une calculette de poche programmable un logiciel destiné à calculer les éphémérides pour prédire les passages de la station orbitale sur un endroit donné de la Terre.
Que je vous rappelle qu'à cette époque, compte tenu de la famine de la mémoire des ordinateurs, c'était bien pire sur des calculettes ; là où nous parlons en Téra octets aujourd'hui, nous parlions à cette époque en centaines de kilo octets sur les ordinateurs et pour les calculettes en dizaines de kilo octets !


La calculette Sharp PC 1211 qu'avait programmé Jean-Claude Marion

Arriver à faire rentrer un tel programme dans un si petit espace de mémoire me rempli encore aujourd'hui d'admiration, et ce sentiment était déjà partagé à l'époque par des collègues chercheurs du CNRS en astronomie. Ce radio amateur s'appelait Jean-Claude Marion ancien pilote de chasse de la Royale !

Anecdote : 

Lors d'une manifestation (peut-être au Space Camp) Marion présentait son travail, il avait sa calculette et un petit "transceiveur radio" calé sur la fréquence 143.625 MHz FM et il faisait écouter, aux visiteurs de passage, les messages entre les cosmonautes de la station orbitale Saliout-7 et le centre de contrôle Tsup près de Moscou, quand parmi les spectateurs il rencontra Jean-Loup Chrétien, notre premier spationaute français, qui venait de rentrer de sa mission sur Saliout depuis peu. Intéressé, qu'elle ne fut pas sa surprise de voir prédire un passage de la station orbitale au dessus des Alpes Maritime, et une fois la radio réglée, d'entendre ses collègues russes encore en orbite ! De plus savoir ce radio amateur ancien pilote militaire finit de ravir notre célèbre cosmonaute français.
La réputation de JC Marion était faite dans notre milieu et pour ma part je gagnais un excellent collègue.

Par la suite JC Marion, en parfait autodidacte (nous l'étions presque tous dans ce domaine à cette époque), se lança dans l'aventure naissante de la télématique via notre seul moyen populaire de l'époque le réseau Télétel et son terminal Minitel. Si bien fait que Marion créa une entreprise dans cette confidentielle et nouvelle discipline.

Définitivement rangé des avions et des microprocesseurs, JC Marion coule désormais des jours heureux avec sa famille dans le Var.


Salut Monsieur Marion.

Jean-Claude Aveni@2005


Remarque que ne démentirait pas notre collègue responsable de la sécurité des vols à l'aéroclub :

Dans vos traversées maritimes n'oubliez pas la flottaison de secours, cela pourrait servir, n'est-il pas ?


PN = personnel navigant
ORSA = Officier de réserve en Situation d'Activité
Royale = Marine Nationale française
crouze = avion de chasse Crusader F8
12F = une des flottilles (escadrille) de l'aéronautique navale (Corsair, puis Crusader, enfin Rafale).
Rescue = sauvetage
Fourrier = magasinier


Un Breguet Alizé sur l'Arromanches


Corsair de la 15F sur l'Arromanches


Alizé à l'appontage sur l'Arromanches. 

La station orbitale Saliout-7 que nous contaction via le canal radio amateur.

Au moins un membre de l'aéroclub de la Corse ressentira une pointe de nostalgie pour la Royale.

 

 

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Published by astro-notes - dans Aérospatial
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